dimanche 23 octobre 2022

EXPRESSION DE L'HYPOTHÈSE ET DE LA CONDITION


La leçon


Phrases avec " si "
Si + présent de l’indicatif, verbe au présent, au futur ou à l’impératif
  • Si tu viensje mange du chocolat
  • Si tu vienson s’amusera
  • Si tu vienstéléphone-moi
Valeur : une action se réalisera dans le présent ou le futur à contidion qu’une autre se réalise.
Si + imparfait, verbe au conditionnel présent
  • Si j’allais  à Paris, j’irais tous les jours voir un spectacle. (L’hypothèse se situe dans le présent ou le futur, l’action envisagée a peu de chances de se réaliser)
  • Si j’étais d’origine chinoise, je parlerais sûrement. (L’action se situe dans le présent mais l’action hypothétique est irréalisable)
Si+ plus-que-parfait, verbe au conditionnel passé
S’il m’avait téléphonéje lui aurais expliqué la situation (L’hypothèse est située dans le passé et l’action envisagée ne s’est pas réalisée)
Conjonctions
À condition que+ subjonctif ( valeur générale). Exemple : Je te prêterai mon livre à condition que tu me le rendes demain.
Pourvu que + subjonctif (condition nécessaire). Exemple : Vous pourrez voyager pourvu que la SNCF ne fasse pas de grève.
Pour peu que + subjonctif (condition minimale). Exemple Elle rougit pour peu qu’on lui fasse un compliment.
À supposer que/ En attendant que + subjonctif  (Hypothèse choisie par le locuteur). Exemple : À supposer qu’il ne vienne pas, nous ajournerons la conférence.
Au cas où + conditionnel (Hypothèse qui ne dépend pas du locuteur). Exemple : Nous resterons à l’hôtel au cas où il pleuvrait.

Locutions et prépositions
Avec+ nom
Sans+ nom
En cas de + nom

À condition de + infinitif



EXPRIMER LA CAUSE ET LA CONSÉQUENCE



Exprimer la cause signifie donner la raison d'un événement ou d'un comportement mais aussi justifier ses actes. Voilà les conjonctions et les tournures qui expriment la cause.
  • Parce que 
- Pourquoi elle n'est pas venue ? - Parce qu'elle était malade.
  • Comme (toujours en tête de phrase)
Comme elle était malade, elle n'est pas venue.
  • Puisque ( pour une cause qui est évidente ou déjà connue)
Il ne peut pas jouer au tennis, puisqu'il a le bras cassé!
  • Étant donné (que)/ vu (que) / du fait de / en raison de (pour une cause dont on ne peut pas douter)
Étant donné que la Côte d'Azur est une région très belle, tout le monde veut la visiter.
Vu sa moyenne, il doit faire plus d'efforts.
  • Sous prétexte que (pour une cause qu'on conteste)
Ils ne sont pas venus à la fête sous prétexte qu'ils étaient fatigués.
  • À cause de (pour une cause négative, suivie d'un nom)
À cause du verglas, il y avait des embouteillages.
  • Grâce à (pour une cause positive, suivie d'un nom)
Grâce à son courage, il a pu surmonter les obstacles.
  • Faute de (=par manque de)
Nous ne pouvons pas partir en vacances cet été, faute d'argent.
  • Par / Pour / De (suivis d'un nom)
Il mange par gourmandise. Il a été accusé pour vol. Elle meurt de fatigue.
  • Pour (suivi d'un infinitif passé)
Ils ont été accusés pour avoir assassiné un homme.
  • Car (qui exprime la justification de ce qui vient d'être énoncé)
Je sais pas quand il est venu, car je suis arrivée en retard.
  • En effet (placé en tête, en cours ou à la fin de la phrase introduisant une explication)
L'avion n'a pas pu atterir. En effet, le vent était très fort.

Exprimer la conséquence signifie montrer le résultat, les suites ou les effets d'une action ou d'un événement. Voilà les conjonctions et les tournures qui expriment la conséquence.
  • Donc , Alors (à l'oral)
Tu as beaucoup travaillé, alors tu vas réussir.
  • Par conséquent , C'est pourquoi
Il n'a pas du tout pris de repos. Par conséquent, il est crevé.
  • Du coup ,  Résultat , Total (registre familier)
J'ai pas entendu le réveil. Du coup, j'étais en retard.
  • De sorte que , si bien que
Il y avait des problèmes techniques de sorte que nous avons dû arrêter la transmission en direct du match.
  • Si / tellement  + adjectif / adverbe ... que 
Il est si/tellement motivé qu'il s'entraîne même pendant le weekend.
Vous marchez si / tellement vite que vous allez arriver un quart d'heure avant l'heure prévue.
  • À tel point que ... , Au point de... / que ...
Il y avait une grande baisse du nombre de touristes cet été à tel point que au point que plusieurs hôtels étaient fermés.
  • Un tel, une telle, de tels, de telles ... + nom que ...
Il y avait une telle pluie que les rues étaient encombrées.
  • Il suffit de ... pour que + subjonctif
Il suffit de prononcer un mot pour qu'il s'énerve.
  • Trop (de), trop peu (de), assez... pour + infinitif / pour que + subjonctif
Elle est trop petite pour sortir seule avec ses amies.
Elle est trop petite pour que je lui donne la permission de sortir seule avec ses amies. 

LES CONJONCTIONS DE TEMPS ET LES CONNECTEURS TEMPORELS


EXPRIMER LE TEMPS
  1. La proposition subordonnée circonstancielle de temps
  • Elle indique à quel moment se fait une action. Sa fonction grammaticale est complément circonstanciel de temps. Elle peut donc êtresupprimée ou déplacée et se trouver avant ou après la proposition principale.
??????> Lorsque tu as téléphoné, j’étais sous la douche.
Elle se promenait dans les bois quand soudain surgit une bête immonde.
  • Elle est introduite par une conjonction de subordination (quand, lorsque, avant que, dès que, etc.).
  • Il existe plusieurs conjonctions de subordination qui expriment le temps et dont il faut comprendre le sens :
sensdéfinitionconjonctions 
de subordination
exemple
l’antérioritéL’action du verbe de la proposition principale se passe avant celle exprimée dans la proposition subordonnée.avant que (… ne) – en attendant que – jusqu’à ce que (+ verbe au subjonctif)Je rangerai ma chambre avant que ma mère ne rentre.
la postérioritéL’action du verbe de la proposition principale se passe après celle exprimée dans la proposition subordonnée.après que – dès que – aussitôt que (+ verbe à l’indicatif)Après qu‘elle a fait ses devoirs, elle regarde la télévision.
la simultanéité,
la répétition
L’action du verbe de la proposition principale se passe en même tempsque celle exprimée par le verbe de la proposition subordonnée, ou de manière répétée par rapport à l’action du verbe de la proposition principale.pendant que – quand – lorsque – tandis que – tant que – chaque fois que (+ verbe à l’indicatif)Pendant qu‘elle voyage,
elle imagine de nombreuses choses.
  • Remarques :
    • Contrairement à ce que l’on entend souvent, après que est bien suivi de l’indicatif et non du subjonctif.
      C’est d’ailleurs logique puisque dans la phrase Après qu’elle a fait ses devoirs, elle regarde la télévision, on sait que les devoirs ont été faits, et le mode indicatif est bien le mode du réel, de ce qui est certain.
    • En revanche, avant que est suivi du subjonctif, car comme l’action introduite par avant que n’est pas encore réalisée, on ne peut pas être certain qu’elle le soit effectivement. Dans la phrase Avant que je prenne le train, il faut encore que je fasse mon sac, on n’est pas sûr que le locuteur aura son train. Ainsi, le mode subjonctif, qui est le mode des actions virtuelles, est utilisé.
  1. Les autres moyens grammaticaux pour exprimer le temps
  • D’autres moyens grammaticaux peuvent être utilisés pour exprimer le temps.
    Leur fonction grammaticale commune est d’être complément circonstanciel de temps :
    • un groupe nominalL’été, nous partons au bord de la mer.
    • un groupe nominal prépositionnel (introduit par une préposition). Pendant le voyage, il est tombé malade.
    • un gérondif (participe présent précédé de la préposition en). Tu me laisseras les clés en partant.
    • une proposition participialeL’hiver arrivant, les températures chutent.
    • un adverbeDemain, je me mets au sport!

Les connecteurs temporels

  •  Ils servent à situer les événements dans le temps, par rapport à une chronologie (à 8 ans, à quatre heures, le vendredi, etc.), les uns par rapport aux autres (la veille, trois heures plus tard, au même moment, etc.), ou par rapport au moment de l’énonciation (hier, demain, la semaine prochaine, etc.).
??En voici quelques exemples, classés en fonction de ce qu’ils indiquent :
  • actions antérieures :
avant que (… ne), jusqu’à ce que, en attendant que, etc. (conjonctions de subordination), hier, avant,auparavant, etc. (adverbes de liaison), la veille, l’année précédente, etc. (groupes nominaux) ;
  • actions postérieures :
aussitôt queaprès quedès que, etc.(conjonctions de subordination), plus tarddemainaprès, etc. (adverbes de liaison), la semaine suivantele lendemaindeux jours après, etc. (groupes nominaux) ;
  • actions simultanées : 
quandlorsquependant que, etc. (conjonctions de subordination), au même momentpendant ce temps, etc. (groupes nominaux) ;
  • actions successives :
d’abord, puisalorsenfin, etc. (adverbes de liaison) ;
  • actions répétées :
quandlorsqueà chaque fois que, etc. (conjonctions de subordination), de temps et en tempssouventparfoisencore, etc.(adverbes de liaison), tous les jours, à chaque heure, etc.(groupes nominaux) ;
  • actions soudaines :
soudain, tout à coup, etc. (adverbes de liaison) ;
  • durée ou date :
depuis de longues annéesle 25 février, le mardi matinà quinze heures, etc. (groupes nominaux).


vendredi 21 octobre 2022

ERIC-EMMANUEL SCHMITT, "M. Ibrahim et les fleurs du Coran" (pp. 31-37)

 


 

[Facebook]

 

 

QUESTIONS DE COMPRÉHENSION (10 points):

 

 1. "C'est ça, le luxe, Momo, rien dans la vitrine, rien dans le magasin, tout dans le prix" (p. 32). Expliquez l'affirmation apparemment paradoxale de M. Ibrahim dans son contexte.

2. Pourquoi pensez-vous que Momo a cru que le soufisme est une maladie? À la page 33 on offre une définition de soufisme qui ne satisfait pas la curiosité de Momo. Cherchez-en d'autres des mots "soufisme", "ésoterisme" et "mysticisme" sur Internet ou ailleurs, et copiez-les dans votre cahier.

3. "Être juif, c'est simplement avoir de la mémoire. Une mauvaise mémoire" (p. 35). Comment interpréter ce propos du père de Momo et son athéisme?

4. "Qu'est-ce que ça veut dire, pour toi, Momo, être juif? (p. 37). Interprétez la réponse de Momo.

5. Après avoir regardé les mauvaises chaussures de Momo, M. Ibrahim propose de lui en offrir une nouvelle paire le lendemain. Croyez-vous que ce cadeau peut avoir une valeur symbolique? Répondez en analysant les répliques de M. Ibrahim.

 

 

LEXIQUE (Donnez le sens des mots et expressions suivants:

-raffoler (p. 31):

-détraquer la santé (p. 35)


CAHIER DE CITATIONS

 

"C'est fou, monsieur Ibrahim, comme les vitrines de riches sont pauvres. Y a rien là-dedans" (p. 32) 

"Être juif, c'est simplement avoir de la mémoire. Une mauvaise mémoire" (p. 35) 

"[pour être heureux] je sais ce qu'il y a dans mon Coran" (p. 36).

"Pour moi [être juif] c'est juste un truc qui m'empêche d'être autre chose" (p. 37).

"Si des chaussures te blessent, tu les changes. Les pieds, tu ne pourras pas en changer" (p. 37) 

 

mercredi 19 octobre 2022

Éric-Emmanuel Schmitt parle de Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran

 

VIA

Copiez dans votre cahier les phrases où M. Schmitt explique la génèse et le processus de création de son récit.
Pour la collection « Classiques & Contemporains », Éric-Emmanuel Schmitt a accepté de répondre aux questions de Josiane Grinfas-Bouchibti, auteur de l’appareil pédagogique de Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran.

Josiane Grinfas-Bouchibti : Vous avez une formation de philosophe, mais vous aimez aussi raconter des histoires. Quel conteur êtes-vous ?
Éric-Emmanuel Schmitt : J’aime que le personnage surgisse dès la première phrase, qu’il capte mon attention et qu’il s’empare de  moi jusqu’à la dernière ligne. L’histoire que je raconte existe toujours dans mon esprit  plusieurs mois, voire plusieurs années, avant d’être rédigée. Lorsque je prends la plume, je connais presque tous les événements à raconter, je n’ai plus qu’à tendre  mon oreille à l’intérieur de moi, j’essaie d’entendre la juste voix des mes héros. Si Flaubert appelait son bureau son « gueuloir » parce qu’il y testait son texte à voix haute, moi  j’appelle mon bureau mon « écoutoir ». Dans le silence, les personnages me parlent. Ils viennent. Ils sont présents. Dans ce livre,  Momo commence par « À onze ans, j’ai cassé mon cochon et je suis allé voir les putes ». Immédiatement se dessine un garçon décidé, fort,  non conventionnel, pas mièvre, capable du pire et du meilleur tant il est plein de pulsions. Par derrière, s’esquisse aussi le décor, un quartier populaire, un Paris non bourgeois. Après, je n’ai plus qu’à obéir à sa voix, ainsi qu’à celle de monsieur Ibrahim. Comme vous avez pu le voir, je tente de dire le minimum nécessaire, jamais plus. Je ne décris jamais : j’évoque. J’utilise de brefs dialogues. Bref, je déteste les écrivains qui se répandent sur la page comme si elle leur appartenait : en réalité, elle appartient d’abord aux personnages. Si ceux-ci, tel Momo ou monsieur Ibrahim, ne sont pas bavards, il ne faut pas devenir bavard. Écrire, c’est se soumettre à ce qui doit être écrit, consentir à l’essentiel. Ni plus, ni moins. Derrière les histoires que je narre, il y a bien évidemment des soucis philosophiques : développer la tolérance, créer du respect pour les personnages de la vie quotidienne auxquels personne ne prête attention, faire connaître une religion, montrer comment l’on peut aborder avec courage la vie et la mort, etc. Les questions philosophiques, elles se posent dans la vie lorsque l’on a un problème et qu’on cherche à l’élucider ; elles ne sont pas faites pour l’école ou l’université ; elles demeurent nos interrogations intimes. Le roman me paraît donc un bon véhicule pour la réflexion.
J. G.-B. : Comment vous est venue l’idée de transformer la pièce de théâtre en récit ? Qu’est-ce que la forme narrative apporte à cette histoire d’amour ?
É.-E. S. : En fait, la pièce et le récit sont la même chose : un monologue. Momo, à quarante ans, monte sur scène et vient, seul, raconter son enfance. L’acteur jouant Momo adulte va jouer Momo enfant ainsi que monsieur Ibrahim. Momo adulte voyage à l’intérieur de son passé qu’il narre en évoquant tous les personnages. Par la poésie du théâtre, par le travail sur les voix, les intonations, les accents,  par le jeu des lumières, des musiques, des sons, des accessoires, l’acteur va tout évoquer sur scène. Il va danser aussi, comme un derviche tourneur, lorsqu’il décrira le voyage en Orient… Vous savez, même s’il serait beau de voir monsieur Ibrahim « en vrai » comme au cinéma,  il est aussi beau de voir monsieur Ibrahim seulement dans le souvenir de Momo, représenté avec tendresse et nostalgie par ce Momo qui l’a tellement aimé. Le moment de la mort devient même davantage émouvant.
J. G.-B. : Qu’est-ce qui vous a amené à choisir un jeune Juif et un vieux Musulman comme personnages de cette belle rencontre ?
É.-E. S. : Je voulais aller contre les idées reçues. Aujourd’hui, à cause du conflit israelo-palestinien, à cause des tensions internationales, on ne parle plus des juifs et des musulmans que comme des ennemis. Or, juifs et musulmans vivent ensemble et s’entendent très bien depuis des siècles ! Dans les pays du Maghreb, juifs et musulmans non seulement cohabitent mais se sentent plus proches entre eux que d’un cousin européen. En Occident, dans certains quartiers des grandes villes, comme ces rues parisiennes que j’évoque dans le texte où j’ai moi-même vécu, il y a aussi un vrai voisinage harmonieux, enrichissant, une solidarité qui s’exprime au-delà des différences. C’est pour cela que Momo est juif et monsieur Ibrahim musulman : chacun va apporter le bonheur à l’autre. Ils vont se changer la vie, ils vont se rendre heureux. Monsieur Ibrahim ne veut pas convertir Momo à la religion musulmane, il lui montre simplement comment lui vit avec elle. Momo ne deviendra sans doute pas musulman, même s’il lit le Coran et se met à prier comme un soufi. Par contre, il deviendra à son tour « l’arabe » de la rue Bleue.
J. G.-B. : Qu’est-ce qui vous touche dans le personnage de Momo ?
É.-E. S. : Sa force ! Rien ne l’abat. Alors qu’il vit une enfance terrible, qu’il manque d’une mère, qu’il subit un père dépressif, qu’il fait le ménage, le repas et les courses en plus de son travail scolaire, il ne baisse pas les bras. Il veut grandir, connaître les femmes, avoir une fiancée. Certes, il ne sait pas sourire et il pourrait investir sa rage de vivre dans des actes malhonnêtes (il vole déjà), devenir délinquant : fort heureusement, il rencontre monsieur Ibrahim et tout change. Le vieux sage, enfin, lui prête de l’attention, lui porte de l’amour et, avec humour, dénoue bien des nœuds qui l’étouffent. C’est une rencontre providentielle. Providentielle pour Momo comme pour monsieur Ibrahim, car je crois que l’adolescent apporte autant à l’épicier que celui-ci lui donne.
J. G.-B. : Comment avez-vous découvert les textes de Rumi et le soufisme ? Qu’est-ce qui vous séduit dans cette façon de penser l’homme et Dieu ?
É.-E. S. : Un ami m’a offert les poèmes de Rumi que j’ai trouvés magnifiques. Puis, toujours dans les livres, j’ai découvert le personnage de Nasreddine le Fou, personnage célébrissime dans la tradition orale arabo-musulmane, roublard, naïf, malicieux, dont les innombrables aventures sont des pieds de nés à la sagesse des sots, ce sage soufi si drôle et si déconcertant, presque un personnage de bande dessinée ou de dessin animé, qui joue tellement les étonnés que beaucoup le prennent pour un imbécile. Je trouvai que c’était merveilleux d’être intelligent sans en avoir l’air, d’apporter de la sagesse aux autres sans jamais donner l’impression de leur faire la leçon. Enfin, un jour, Bruno Abraham-Kremer, l’acteur à qui j’ai dédié le texte, est revenu bouleversé d’un voyage en Turquie. Il avait dansé dans les monastères, parlé avec des moines soufis. « Pourquoi ne pas parler des derviches tourneurs et de cette belle mystique musulmane ? » m’a-t-il proposé. Nous nous sommes dit, effectivement, que nos contemporains s’y intéressaient très peu.  Quelques temps après, j’écrivais le texte que Bruno Abraham-Kremer a créé au Festival d’Avignon. Depuis, il a fait le tour de monde avec ce spectacle. Et le texte lui-même a été traduit, avec succès, dans une trentaine de langues.
J. G.-B. : Qu’avez-vous pensée de l’adaptation cinématographique de François Dupeyron ? Et des acteurs ?
É.-E. S. : J’avais très peur que le film trahisse mon livre. J’ai d’abord refusé plusieurs propositions.  Puis, même si j’avais accepté la proposition de François Dupeyron parce que j’avais adoré son précédent long métrage La Chambre des Officiers, j’ai craint une erreur jusqu’à ce que je voie le film achever sur grand écran. J’aime le film. J’adore ses acteurs. Je trouve que la musique dynamique vient habilement remplacer l’humour présent dans le livre mais difficile à rendre en images. Cela m’a réconcilié avec le cinéma et, dans le même temps, lorsque je me rendais sur le tournage, je me disais : « C’est incroyable : pour évoquer la rue de Paradis et ses filles, il me suffit d’une phrase ; au cinéma, il faut bloquer plusieurs artères, engager et costumer des dizaines de figurants, louer des voitures d’époque, dépenser des millions en quelques jours pour quelques secondes à l’écran ! » Tout en admirant le travail cinématographique, j’en ai conclu que j’avais bien de la chance de créer ou de recréer le monde  pour des centaines de milliers de lecteurs avec seulement un stylo et une feuille de papier. Je me sens très libre, depuis….
J. G.-B. : Le casting de cette adaptation est prestigieux : le réalisateur vous a-t-il demandé votre avis ?
É.-E.  S. : Non. Le cinéma ne fonctionne pas comme le théâtre où je dois donner mon accord pour les acteurs (c’est souvent moi qui les choisis, d’ailleurs). Mais franchement, je ne serais jamais arrivé à trouver mieux qu’Omar Sharif et Pierre Boulanger. Mes personnages ont désormais leurs figures, même pour moi. Avec sa légèreté, son humanité, sa tendresse, Omar Sharif a trouvé là un de ses plus beaux rôles : il a d’ailleurs remporté le César du meilleur comédien et reçut un accueil magnifique dans tous les pays…
J. G.-B. : Que pensez-vous de l’idée qui consisterait à étudier en classe parallèlement votre roman et son adaptation cinématographique ?
É.-E. S. : Très bonne idée. C’est un excellent moyen de se connaître soi-même en comparant les deux arts majeurs de la narration : la narration romanesque et la narration cinématographique. Le roman tel que je le pratique fait énormément appel à l’imagination du lecteur. Le cinéma, lui, impose ses images à l’imagination. Le but de la comparaison ne serait pas décider qui est le meilleur, film ou livre, mais de découvrir si l’on est d’abord un lecteur ou d’abord un spectateur…

vendredi 14 octobre 2022

ERIC-EMMANUEL SCHMITT, "M. IBrahim et les fleurs du Coran" (pp. 23-31)

 


[ mamanforme.com]

 

QUESTIONS DE COMPRÉHENSION (10 p.):

 

1. "Pourquoi est-ce que tu ne souris jamais, Momo?" (p. 23). Expliquez quelle est la réponse de Momo et trouvez ses arguments.

2. Énumérez les conséquences pour Momo de suivre le conseil de M. Ibrahim.

3. La stratagème de Moïse fonctionne-t-elle avec son père? Faites un résumé de ce qui se passe.

4. "Moi, je ne sais rien. Je sais juste ce qu'il y a dans mon Coran." (p. 30). C'est la première fois qu'on parle du livre sacré dans le récit. Expliquez cette référence dans son contexte.

5. "Momo, c'est très bien d'aller chez des professionnelles. Les premières fois, il faut toujours aller chez des professionnelles, des femmes qui connaissent bien le métiez. Après, quand tu y mettras des complications, des sentiments, tu pourras te contenter d'amateurs". (p. 30). Expliquez ce que M. Ibrahim veut dire. Croyez-vous que c'est un bon conseil pour Momo?

 

LEXIQUE. Expliquez les expressions suivantes:

 

-narguer (p. 24):

-refiler en douce (p. 24): 

-marquer un sacré but (p. 29):

-charrier (p. 30):

 

 

 

CAHIER DE CITATIONS:

 

-"C'est sourire qui rend heureux." (p. 24)

 

 

 

mercredi 5 octobre 2022

CALENDRIER DE LECTURE DE "M. Ibrahim et les fleurs du Coran"

 



-6 octobre: pp. 9-15

-13 octobre: pp. 15-23

-20 octobre: pp. 23-31

-27 octobre: pp. 31-37

-3 novembre: pp. 37-44

-10 novembre: pp. 44-54

-17 novembre: pp. 54-64

-24 novembre: pp. 64-75


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